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Bonjour,

Vous allez suivre mon parcours de comédien jour par jour : mon travail, mes rencontres, mes projets, mes démarches, mes réflexions sur le métier d'acteur.

En outre, pour mieux me connaître, mes photos, cv et vidéos sont en ligne en lecture directe sur le blog.

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Attilio Di Costanzo

Petits liens rapides pour aller à l'essentiel

- Mon cv
- Mes photos
- Film "Fantômes" (2005, drame fantastique ; fiche et voir le film)
- Film "22m plus bas" (1999, thriller ; fiche et voir le film)
- Film "Le Rasoir" (2005, humoristique ; fiche et voir le film)
- Film "Romanzo Criminale" (2007, polar, fiche et voir le film)
 

Lundi 19 novembre 2007
Une nouvelle semaine de théâtre, très bonne. Je prends de plus en plus mes marques par rapport à mon rôle.

Et c'est une prestation qui marque, j'en suis ravi.

C'est une petite scène que j'ai, mais une scène explosive. Un metteur en scène cocaïné jusqu'au cheveux, déjanté, mégalo, un vrai régal à jouer.

Merci à ma coach de m'avoir dirigé ainsi, une fois de plus elle montre qu'elle avait le flair.

J'ai douté à plusieurs moments durant les répétitions et elle a su me recadrer au bon moment.

De mon côté, je lui ai fait confiance (comme d'habitude puisque nous avons une belle relation de confiance entre nous), et le résultat est là...

Les gens ne s'attendent pas du tout à ça, et mon apparition relance une dynamique à la pièce, apporte en comique et légèreté.

Et puis, c'est un show pour moi tous les soirs, c'est un plaisir et je m'éclate comme vous n'avez pas idée.

C'est de ces rôles ou en effet il n'y a pas de demie-mesure : vous y allez à fond sans vous poser de questions, ou vous restez chez vous à regarder Tf1.

Ce rôle me permet vraiment de me lacher et illustre bien qu'on peut tout faire en comédie à condition de :

- d'assumer ce que l'on fait
- d'être sincère dans ce que l'on fait

A partir de là, tout devient possible.

Car effectivement, j'ai un rôle vraiment spécial, c'est pas "passe moi le sel chérie". Non, il y a un côté décalé dans ce personnage, mais les gens, non content y adhérent et y croient.

Que demander de plus ???

Il faut dire aussi que je ne m'économise pas lorsque j'entre sur scène et que durant 10mns, je donne tout, j'oublie ma vie, mes soucis, mes attentes du métier ou de l'existence, je n'existe plus, je ne suis plus que ce personnage.

Et puis, cela me permet de mettre en avant mon côté barré, pratique...

Tiens, samedi il y a encore un spectateur qui m'a offer un verre, croyez-moi, cela fait un plaisir fou.

Les gens qui viennent vous voir, sourire aux lêvres, tout heureux du spectacle, et qui échangent avec vous.

C'est une belle récompense des efforts fournis.

Et comme d'habitude à la fin de la semaine, je suis nase.

En plus, à cause de ces p... de grêves, j'ai du me taper les trajets de chez moi au théâtre à pieds ! Sympa les gars, rappelez moi de gruger aux guichets pour une période indéterminée !

Que vais-je faire pendant ces quelques jours ?

Entammer mon travail de démarchage de professionnels, on joue 3 ou 4 mois certes, mais il faut y penser maintenant.

Et puis récupérer de ma soirée de samedi. Après avoir joué, j'ai passé une nuit blanche à sortir à droite à gauche et suis rentré chez moi à 8h du matin, pour me lever à 14h pour jouer à 17h, hahaha

J'avais bien la tête dans le Q en arrivant au théâtre, mais on a fait son travail comme il faut, oui m'dame !

Ca m'a fait du bien de sortir toute la nuit, on peut pas rester en permanence scotché au travail, il faut prendre soin de soi, s'amuser. Ca a bien été le cas samedi soir ;)

Du coup, aujourd'hui, forcément fatigué, mais serein

Allez, zoo, je dois me préparer, à plus amis blogeurs !
Par Attilio Di Costanzo - Publié dans : Réflexions sur le jeu d'acteur
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Vendredi 5 octobre 2007
Je suis ravi du rôle que ma coach m'a confié dans le cadre de sa pièce car il permet de bien mettre en lumière le processus permettant d'atteindre une bonne incarnation de personnage.

Au départ, il y a le texte, avec un personnage à incarner qui n'est pas forcément proche de vous (d'ou l'intérêt).

L'erreur que commettraient de nombreux comédiens serait de vouloir jouer ce personnage tout de suite, cherchant juste à savoir comment dire les phrases de la manière la plus juste possible.

C'est effectivement une mauvaise approche car le travail doit se faire de manière plus profonde.

J'avoue que de prime abord, ce personnage ne me semblait pas évident et que mon ébauche de travail s'est assez vite heurté aux difficultés que je commençais à rencontrer.

Le 1er écueil dans lequel j'avoue être tombé (alors que je ne compte plus les fois ou je l'ai mentionné ici), est de JUGER mon personnage.

En le jugeant, en n'ayant aucune sympathie pour lui, j'ai crée un fossé entre moi et lui, une distance m'empêchant de l'aborder d'une manière constructive.

Il m'a fallu 2 répèts pour mettre un terme à cela.

Comment ? En essayant de le comprendre, lui et ses motivations, et en passant par un travail d'identification.

Cette phase a consisté à me dire : "En quoi, même s'il a des côtés très éloignés de moi, puis-je me reconnaître en lui ?"

A partir du moment ou vous trouvez des points de jonction entre vous et un personnage à incarner, vous entammez un travail d'identification nécessaire à toute construction future.

A partir de ces points de jonction, vous pouvez comprendre d'avantage ses motivations, pourquoi il se comporte ainsi, pourquoi il réagit comme il le fait dans la scène etc...

Mais ce n'est que la toute 1ère étape du travail et le chemin est encore long.

Aussi, tout en me félicitant d'avoir rompu cette barrière qui nous séparait, j'avais parfaitement conscience de tout ce qu'il me reste à faire.

A partir du moment ou je le comprends et ou je crée une familiarité avec lui, il faut entrer dans le coeur même de la scène.

C'est la seconde étape que je suis en train de travailler actuellement.

Ayant réfléchi sur le personnage, sur comment il se positionne et pourquoi, ce qu'il attend de la vie et des autres, il faut savoir exactement ce qu'il pense à chaque réplique, entre les répliques, et suite à ce que les autres personnages disent ou font.

C'est un vaste chantier car outre la compréhension de sa façon de penser, cela nécessite de travailler les intentions et le sous-texte, passage obligé à toute incarnation d'un personnage.

Cette seconde étape est donc certainement la plus longue.

Je suis donc là, texte en main, à me poser beaucoup de questions au fur et à mesure que la scène se déroule. Ainsi, à titre d'exemple :

- dans quel état d'esprit entre-t-il sur scène ?
- quel est son action dans la scène, et quel est son objectif ?
- comment perçoit-il les autres personnages ? Et sa perception des autres se modifie-t-elle au cours de la scène ?
- pourquoi dit-il ce qu'il dit ou répond-il ce qu'il répond ?

etc etc.. Ce ne sont que quelques unes des nombreuses questions que je suis actuellement amené à me poser.

Ce travail pourrait sembler rébarbatif, ingrat, ennuyeux, alors que pas du tout, c'est passionnant !!

Une fois que cette étape sera franchie, il faudra tout oublier !

Non non, vous avez bien lu.

Mais alors pourquoi autant de travail pour l'oublier ensuite ?

En fait, c'est un peu plus complexe que cela.

Si le travail en amont passe par une réflexion sur le personnage à incarner, la phase de jeu elle ne doit être que sensitive et non intellectuelle.

Tout le travail en amont effectué permet ensuite, en ayant toutes les clés et ingurgité tout ce qu'il y avait du personnage, de vivre la scène en étant ce personnage.

Rober Duvall d'ailleurs l'explique très bien : "Je travaille beaucoup en amont sur mes personnages, je les dissèque morceau par morceau. Puis, une fois sur le tournage, je n'y pense plus car je sais que le travail a été fait, et je n'ai plus qu'à écouter et répondre".

Ce n'est donc pas oublier un travail qui ne compterait plus, mais ne plus y penser en sachant qu'il est intégré, surtout que ce travail effectué, il permet ensuite sur scène de "penser personnage" (et non pas penser en tant que nous-même), "respirer personnage", "agir personnage".

Bien sur, pour pauffiner le tout, il y aura le travail physique : vêtements, démarche, façon de bouger, de tenir un objet etc... Ce travail, je préfère toujours le faire en dernier, même si certains commencent par là.

Donc voilà quelques une de mes réflexions actuelles sur le travail que je dois fournir.

Je suis encore loin de la ligne d'arrivée, et je dois beaucoup beaucoup travailler pour remplir le cahier des charges.

C'est pour ça que ou que j'aille la journée, quoi que je fasse, j'ai toujours un exemplaire de mon texte, pour continuer à y réfléchir.

Quel métier excitantt que celui d'acteur !!
Par Attilio Di Costanzo - Publié dans : Réflexions sur le jeu d'acteur
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Dimanche 30 septembre 2007
J'ai à ce jour 2 répétitions dans les dents de "Libres sont les papillons". Je suis ravi de cette participation au projet. Il a fallu que je m'adapte aux volontés de ma coach (qui je vous le rappelle met en scène la pièce) donc petit moment de flottemen, et maintenant aucun souci.

J'ai cerné ce qu'elle voulait et c'est dans ce sens que je focalise toutes mes forces.

Je ne suis pas inquiet du tout pour ce projet.

Les comédiens sont fabuleux, le texte très émouvant et la mise en scène sera très intéressante.

Je reprends la semaine avec des répétitions. J'aurai donc tout le temps de travailler mon rôle sur scène et j'en suis ravi.

Il y a en effet différentes choses que je dois tirer au clair concernant mon personnage et je dois travailler le sous-texte en profondeur.

Il faut aussi que j'apprenne à aimer ce personnage et à ne pas le juger, ce que j'ai pu faire lors de la 1ère répétition essentiellement (ça s'est un peu estompé lors de la 2nde hier, mais je ne suis pas encore grandement satisfait).

Cela met un point d'orgue sur un élément nécessaire pour l'acteur : aimer son personnage, le comprendre, et surtout ne jamais le juger.

A partir du moment ou vous jugez votre personnage (parce que c'est qq'un de pas bien, parce qu'il a des réactions que vous n'auriez pas ou que sais-je encore), vous créez une distance entre lui et vous, vous empêchant de l'incarner pleinement.

Je pensais être totalement libéré de ce genre de tracas, et en fait voilà que je me fais prendre au piège avec ce rôle !

J'ai réfléchi sur les raisons pour lesquelles je le jugeais et la réponse est tombée assez rapidement : je ne le comprenais pas.

La solution pour ne plus juger un personnage réside dans le fait de comprendre scrupuleusement ses motivations, ses choix, pourquoi il est ainsi dans une scène ou dans un rapport aux autres.

A vous ensuite d'étoffer l'explication par une histoire personnelle que vous créez sur ce personnage, pour justifier (pour vous) les raisons de ses actes et propos.

A partir du moment ou l'on comprend son personnage, on est plus dans le jugement et l'on peut alors pleinement entammer le travail d'incarnation (je dis bien entammer, car le chemin reste long).

Aujourd'hui, j'ai franchi cette 1ère étape en tout cas : je ne suis plus dans le jugement et le mépris de mon personnage, et j'ai appris à l'aimer.

Cela ne veut pas dire que tout est joué, mais c'est un cap nécessaire pour aller plus loin.

Aussi, je suis ravi de pouvoir entammer cette semaine de répétitions, qui j'en suis sur, seront très riches en enseignements et en plaisirs !
Par Attilio Di Costanzo - Publié dans : Réflexions sur le jeu d'acteur
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Vendredi 21 septembre 2007
Peut-on être comédien et heureux ?

Voilà la question volontairement polémique par laquelle je souhaite commencer cet article.

Je discute avec beaucoup de comédiens. Ils me parlent de leurs vies, leurs attentes, leurs ras le bol, leurs joies aussi.

Sauf chez quelques cas particuliers, il y a beaucoup de souffrance chez les acteurs.

Oui doc, les comédiens font la gueule, ont mal à l'âme.

Tous ont choisi ce métier pour des raisons différentes, mais avec néanmoins toujours un point commun : concrétiser une envie, une passion, un rêve.

L'économie du cinéma rend cette quête extrêmement compliquée.

Au départ, on est plein d'énergie, on croit en soi sans aucun doute, on est sur d'une chose : on va réussir, on est le meilleur, on a quelque chose que les autres n'ont pas, et lorsqu'on vous parle de beaucoup d'appelés pour peu d'élus, on est convaincu de faire partie de ces élus.

Puis, le parcours se poursuit, et l'on découvre les vicissitudes du métier.

La 1ère est que l'on a pas besoin de vous et que toutes nos certitudes sur notre côté exceptionnel en prend un coup. La concurrence est tellement rude, que personne ne vous a attendu ni ne vous a gardé une place au chaud. Non, cette place, il faut la gagner, mais comment ?

On découvre ensuite que le talent, s'il est nécessaire pour espérer avoir un parcours stable, n'est absolument pas LE critère qui vous permet d'exister en tant que comédien.
D'autres entre en ligne de compte : la chance qui est extrêmement importante, le relationnel et l'aspect social du métier, le piston pour d'autres etc...

On passe nos 1ers castings. Pour certains, c'est la douche froide, ils s'aperçoivent qu'ils ne sont pas prêt, qu'il va falloir lutter contre la peur, celle d'être dans une salle glauque avec une caméra pointée sous son nez, en compagnie d'un directeur de casting pas toujours avenant. Pour d'autres, ils s'aperçoivent qu'il ne suffit pas de passer de bons essais pour être pris et que bien d'autres facteurs entrent en ligne de compte.

On joue nos 1ères pièces. On invite des gens et ils ne viennent quasiment jamais. On envoit des images, et l'on a pas de réponse, sans compter sur le fait que quand on rappelle on est pas toujours bien accueilli.

Arrivé à ce stade (et une fois encore, je ne parle pas de parcours "tracés" d'avance ou tout arrive presque sans le vouloir), les 1ères remises en cause apparaissent. Des doutes s'installent.

Certains abandonnent le métier. Ils s'aperçoivent qu'ils ne peuvent continuer comme ça, que c'est trop difficile.

D'autres, tout en abandonnant leurs rêves (jouer au cinéma, à la tv, au théâtre, être incontournable dans le métier), capitulent leurs rêves mais sans arrêter pour autant la profession. Ces comédiens là, se tournent alors vers l'animation, l'événementiel et toutes les activités connexes qui paient en cachets intermittents.
J'ai rencontré beaucoup de comédiens, plus ou moins jeunes, devenus fonctionnaire de la profession, cachetonnant à droite à gauche, vivant peut-être bien de leur intermittence, mais sans doute pas de la façon qu'ils avaient envisagé le métier lorsqu'ils commencèrent.

Les autres enfin s'accrochent à leurs rêves, et je fais partie de cette catégorie.

Je ne compte plus les moments de doute - tous les comédiens les connaissent -, de désespoirs, de colère, de lassitude.

Mais la chose la plus frappante, est qu'à chaque fois que je sentais les forces me manquer pour continuer à perséverer, j'ai toujours eu cette petite voix intérieure qui me disait qu'il ne fallait pas que j'arrête, que la Comédie, c'était toute ma vie et que je ne voulais rien faire d'autre.

Outre cette conviction irrationnelle que je ne pourrais expliquer, il y a les moments bénis, ceux ou l'on peut exercer son métier, ou l'on est sur scène devant le public ou devant une caméra, avec cette certitude à ce moment là, au vu de la joie éprouvée et du fait que l'on a bien fait son métier, qu'ON EST FAIT POUR CA, que C'EST CA NOTRE VIE et que RIEN D'AUTRE NE POURRA NOUS COMBLER PLUS DE JOIE QUE DE FAIRE CA.

Alors, pour ces petits moments dorés, surement trop rares, on accepte le reste : la précarité, l'incertitude du lendemain, tous ces moments d'attente et de déception. Car ces moments valent la peine d'être vécus lorsqu'on a connu la joie et le plaisir immense de faire son métier.

Oui, les comédiens ont mal à l'âme. J'en vois beaucoup autour de moi qui souffrent, qui n'en peuvent plus. Et la question qui revient en permanence est : "est ce que je veux être comédien, ou est ce que je veux être heureux ?".

Car nécessairement, lorsque les choses ne vont pas dans le sens que vous désirez, l'exercice de votre passion devient une souffrance. Et il est difficile de vivre cette souffrance avec les années qui passent, les amis autour de vous, installés dans la vie qui se marrient et ont des enfants les uns après les autres.

Pour ma part, j'ai résolu nombre de problèmes que je me mettais en travers du sentier.

D'une part, je suis aujourd'hui dans le lacher prise le plus total. J'accepte tout ce qui arrive (et par conséquent tout ce qui n'arrive pas). J'envoie mes courriers, fait mes démarches, puis m'en libère.

Je ne suis plus 8h par jour accroché au téléphone, appelant 50 boites de prods pour dénicher 2 pauvres projets en cours.

J'accepte mon chemin. A une époque d'ailleurs, sur ce blog, vous pouviez voir tous mes coups de gueule dans la rubrique qui porte ce nom. Aujourd'hui plus aucun.

Je n'ai plus de coup de gueule contre le métier, contre les gens.

J'accepte de vivre ma vie de comédien avec ses galères et ses doutes. Car oui, des doutes j'en aurai toute ma vie, et heureusement, cela me permet d'avancer sans cesse. Mais j'accepte la vie telle qu'elle s'offre à moi.

Je suis intimement convaincu que la Vie, la Fortune et les Dieux sourient toujours au méritant, à un moment ou à un autre. Et si ce moment n'est pas encore arrivé, c'est que ce n'est pas le bon moment.

J'accepte de ne peut-être vivre de ce métier que dans des années, tout comme cela peut arriver demain. En un mot, j'accepte aujourd'hui l'incertitude là ou je ne la supportais pas il y a encore 2 ans.

Qu'est ce qui m'a permis de penser comme cela aujourd'hui ?

En tout premier lieu, le décès de ma mère.

Cela vous fait relativiser pleins de choses. On relativise la douleur car on l'a expérimenté alors dans sa forme la plus brutale et insupportable, de telle sorte que plus rien à côté ne peut vous détruire.

On relativise la vie et la mort, cette mascarade et vaste blague qu'on appelle l'Existence.

On relativise le temps qui passe, le rapport qu'on a avec les gens et l'importance qu'on y met.

Je pense que le départ brutal de ma mère a été un tel électrochoc dans ma vie, dans ma tête, que du petit garçon que j'étais, je suis devenu un homme.

Alors aujourd'hui, après avoir connu le pire, je ne peux qu'espérer le meilleur et le pire ne sera jamais pire que ce que j'ai vécu, il sera donc meilleur.

Ce tragique événement m'a rendu également, paradoxalement j'aurais presque envie de dire, beaucoup plus fort, plus stable, plus confiant. Jamais je n'ai été aussi intimement convaincu que j'avais une place à prendre dans ce métier que depuis ce terrible jour du 10 août 2006...

Je ne dis pas que je suis devenu une machine sans émotion. Bien sur que non et au contraire, tous mes sens se sont exacerbés.

Je ne dis pas que je ne douterai plus. Bien sur que non, et au contraire, ils continueront à m'envahir de temps à autres.

Je dis juste qu'aujourd'hui, et malgré les vicissitudes du métier et son extrême difficulté, je suis debout, regard droit devant, et plus fort et convaincu que jamais.

Alors, est ce que comédien et bonheur sont compatibles ?

Bien sur. Mais il faut trouver son bonheur, le cultiver, lacher prise pour ne pas faire de confusion entre sa vie d'homme et sa vie d'acteur, et faire en sorte que la foi soit plus forte que le désespoir.

Alors pour moi, cette question est tranchée. Mon bonheur il est dans le fait de faire ce que j'aime, quoi que cela me coûte, et rien d'autre au monde ne pourra m'apporter les joies (même trop éphémères) que ce métier m'apporte.
Par Attilio Di Costanzo - Publié dans : Réflexions sur le jeu d'acteur
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Lundi 7 mai 2007
C'est donc avant hier que je devais faire une petite figu pour un tvfilm réalisé par le fameux Alain Tasma, et ce, dans les locaux du journal "Libération" à République.

Je ne vais pas détailler chaque étape de cette journée, car cela risquerait d'être laborieux.

En revanche, je vais axer mon article sur quelques points fondamentaux.

La scène se déroulait dans une vaste salle de presse. Nous étions une 15aine de figurants, pour 3 comédiens.

La journée consistait à décliner sous plusieurs prises de vue une séquence dans cette salle de presse.

Chacun s'est vu attribuer sa place au sein de la salle, et certains étaient destinés à seulement passer dans le couloir adjacent.

Votre Serviteur a été dévolu à ce poste.

Bien évidemment, tout l'intérêt de la figuration pour moi, consiste à voir le travail d'une équipe, et il était hors de question que je n'assiste pas à cela.

Aussi, après avoir vérifié que suite à mon passage dans le champ, la caméra (une steady) changeait d'axe pour être dos à moi, sitôt que je passais devant l'écran je revenais sur mes pas pour assister au tournage de la séquence.

Lors des autres séquences, je n'étais plus "in", et donc je pouvais tout à loisir m'installer dans un fauteuil de la salle de presse et assister au travail de l'équipe.

Plusieurs observations.

D'une part, Alain Tasma, conformément à sa réputation, a bien un certain caractère. Très dynamique, cassant, sanguin, poussant des coups de gueule à destination des techniciens ou comédiens, irradie un plateau en même temps qu'il le destabilise.

Il suffisait de voir la crainte dans le regard de tous pour s'apercevoir que cet homme impressionne, il effraie. Je sais que certains figurants n'adhéraient pas à sa façon de gérer un plateau et se satisfaisaient de ne pas être comédien sur ce projet. J'avais pour ma part une pensée totalement différente : oui, Alain Tasma a du caractère, ne travaille pas forcément dans la douceur. Mais quel challenge d'une part pour un acteur, et ensuite, quel plaisir à travailler avec un tel directeur d'acteur !!

Je savais déjà de réputation qu'il savait diriger les acteurs, ce qui n'est pas le cas de grands réalisateurs de cinéma, mais là j'ai été véritablement séduit par sa façon d'appréhender le métier, sa façon d'amener un acteur là ou il le souhaite.

Il faut dire que j'ai été formé à belle école avec le "Labo", et que d'une part, après avoir connu à de maintes reprises les foudres de ma coach, les envolées sanguines de Tasma me paraissaient bien fades ; et d'autre part, de par ma formation pointue, tout son discours me parlait.

J'en viens donc au point principal, ce qui m'a le plus interpelé.

Selon les règles établies, la télévision ne souffre pas d'autant de confort que le cinéma, et partant, il est impossible de prendre autant de temps, de faire autant de prises. Il faut aller vite.

Force est de constater que ce n'était pas le cas sur ce projet.

Mais non pas parce que la production avait les moyens de cumuler les prises, mais tout simplement parce qu'un des 3 acteurs, pourtant la 50aine et une grande expérience des plateaux tv (et quelques fois ciné), avait beaucoup de mal à restituer à Tasma ce qu'il désirait !

Chaque séquence atteignait donc les 10-12-15 prises !!!

Bien évidemment, un cercle vicieux se formait : moins le comédien parvenait à faire ce que Tasma lui demandait, plus il perdait confiance, et plus il fallait faire de prises.

J'étais tout simplement halluciné de voir comment ça se passait.

Bien évidemment, je ne vous révèlerai pas le nom de ce comédien, vous le comprendrez aisément, mais bon sang, un tel acteur, pourtant avec un solide bagage derrière lui, complètement perdu.

Je ne vous cache pas qu'au bout de 4h de galères, je n'avais qu'une envie : le pousser et lui dire "mais bon dieu c'est pas compliqué, c'est ça qu'il faut faire !".

A ce titre, cette journée a été pour moi très frustrante, et donc très douloureuse quelque part...

Plutôt que de subir donc les difficultés de ce comédien, j'ai voulu transformer tout ceci de manière positive, en m'interrogeant sur les raisons qui le conduisaient à ne pouvoir faire ce que Tasma exigeait.

J'ai analysé plusieurs points, et c'est la raison pour laquelle cet article est classé dans la rubrique "réflexions sur le jeu d'acteur" :

a) Tout d'abord, cet acteur s'était enregistré.

Pour ceux qui ne connaissent pas le lexique dramatique, cela signifie que l'acteur a pris l'habitude de dire les phrases d'une certaine façon, et ne parvient pas à les dire autrement.

Je m'amusais d'ailleurs, à chaque prise, à me dire dans ma tête les répliques, et ça ne loupait pas : elles étaient dites toujours ainsi par le comédien.

On peut comprendre qu'au théâtre on puisse être pris par le piège de s'enregistrer puisqu'on joue des mois durant un texte.

Je me questionne d'avantage sur une scène d'un tvfilm, jouée qu'une seule fois...

Le corrollaire de l'auto-enregistrement est l'absence de spontanéïté. On ne dit plus les choses sur l'instant par rapport à ce qu'on ressent à un instant T, mais on les dit de manière mécanique, ôtant toute fraîcheur, toute sincérité à ce qu'on ressent et donc à ce qu'on dit.

Il y a 1000 façons de dire un texte. Cela va dépendre de la situation, de ce que dit son partenaire, des liens que l'on a avec lui dans l'histoire, de ce que nous dit l'autre provoque chez nous, de ce qu'on souhaite induire (le sous-texte), de ce dont on se sert pour nourir le texte etc etc...

Il était étonnant de voir ce comédien ne pas effectuer ce travail, et se contenter, de répéter à l'identique de prises en prises, les phrases de la stricte même façon.

Du coup, j'avais le sentiment que ce comédien travaillait à l'intonation, ce qu'il ne faut bien sur jamais faire (puisque c'est un procédé de travail extérieur, là ou le comédien doit travailler en partant toujours de l'intérieur).

b) Cet acteur n'était pas en réaction

Du coup, cet acteur n'était pas en réaction face à ses partenaires et à ce qu'ils disaient.

Pour les néophytes, cela signifie qu'il disait son texte, parce qu'il devait le dire, et non pas en réponse à ce que disait ses partenaires.

Or, tout l'art de l'acteur est justement, comme le disait Daniel Duvall (actuellement à l'affiche dans "Lucky You") : "J'apprends mon texte, le réfléchit, puis oublie tout une fois sur le plateau. Tout ce que je fais dès lors est seulement d'écouter mon partenaire, de bien l'écouter, et de lui répondre".

c) Cet acteur manquait de sincérité et ne vivait pas la situation, ne trouvant aucune réalité à ce qui se passait et ce qu'il disait.

J'ai réuni plusieurs concepts (le manque de sincérité, ne pas vivre une situation, n'y trouver aucune réalité), pour compacter le propos.

Bien évidemment, tous ces éléments résultent à la base d'un auto-entregistrement, en même temps que d'une certaine façon d'appréhender le travail (trop de l'extérieur selon moi).

Il en résulte que :
- sincerité : on ne croyait pas à ce qu'il était supposer éprouver ni à ce qu'il disait
- absence de situation : la situation était claire, et de par ce qui se passait d'une part, et ce que ses partenaires disaient, des choses devaient se produire. Ce n'était pas le cas. Il semblait uniquement concentré sur "dire son texte", mais dès lors complètement déconnecté de l'essence de la scène.
- aucune réalité : tout ce qu'il disait n'était donc que des mots, rien de plus. Il manquait cruellement une substance, une raison d'agir de la sorte, de parler de la sorte. Il manquait le "moteur" à ce qui devait générer les réactions et propos de son personnage.

Je fais court, car je pourrai en écrire des pages et des pages, et cela risquerait de devenir laborieux à la lecture. Mais je me réserve de futurs articles sur ces notions fondamentales.

Ca me grattait d'aller lui parler, mais je ne suis personne, et il aurait eu bien raison de m'envoyer bouler.

Frustration encore et toujours...

Cet article pourra paraître sévère. Il ne l'est pas. Je ne suis ni méchant, ni injuste. Je ne fais que dire ce à quoi j'ai assité.

Et si je m'investis à ce point dans cet article, c'est bien évidemment parce qu'en voyant ça, je ne peux que fulminer intérieurement de ne pas tourner.

Si encore j'avais assisté à du grand art, je pourrais en récolter des enseignements, me dire que je dois continuer à travailler, que je ne suis pas prêt, qu'il y a encore du chemin etc etc.

Mais lorsque j'assiste à une telle journée de tournage, et qui plus est, avec un réalisateur aussi talentueux que Tasma, je ne peux que ravaler ma frustration de ne pas jouer dans de tels projets.

Mais c'est la vie, pour l'instant mon heure n'a pas encore sonné, et je dois faire preuve de patience.

La seule chose que je puisse dire, c'est que le jour ou ce sera mon heure, je l'apprécierai avec une délectation non feinte, et sans honte aucune ni complexe par rapport à ce que je suis et à ma façon d'aborder le travail.

La journée s'est terminée en soirée, et bien évidemment, je n'ai pu aller parler à Tasma.

C'est bien dommage, mais la dure journée faisant, rendait impossible toute tentative de contact.

C'est pas grave : vous ne le savez pas encore monsieur Tasma, mais un jour, c'est moi que vous dirigerez !
 
Par Attilio Di Costanzo - Publié dans : Réflexions sur le jeu d'acteur
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Jeudi 12 avril 2007
Bon, je viens de rentrer de mon petit job.

Ca m'a permis de prendre un peu de distance avec la déception de la série tv.

Il est hors de question que je me laisse submerger par la déconvenue.

Un comédien passe des castings, il en chope, il en rate, c'est la vie.

Ce n'est pas cette déception qui va me mettre ko. Ce n'est qu'un casting.

Et comme je l'ai dit, j'ai tout donné, fais de bons essais, et ai bien montré qui je suis (toujours le fameux "à prendre ou à laisser").

Alors ok les gars, je suis déçu, je voulais vraiment avoir ce rôle.

Mais je veux faire confiance à la vie.

De toute façon la vie est longue, j'ai pleins de choses à vivre, je passerai d'autres castings.

C'est décevant ok, mais c'est pas la mort non plus.

Alors, dès demain je reprends les démarches.

Rien ne pourra m'empêcher d'atteindre mes objectifs.

Et quand je dis rien, c'est RIEN.

J'ai bossé mon instrument, je suis entraîné, j'ai confiance en moi et en ce que je suis et ce que je suis, je suis le seul à l'être.

Le casting s'est excellemment bien passé, et même si je n'ai pas eu le rôle au final, c'est très encourageant pour la suite de mon parcours.

Alors on va de l'avant, on baisse pas les bras. C'est les laches qui baissent les bras, qui se plaignent, pas les battants.

Donc demain, je fais de nouvelles démarches...
Par Attilio Di Costanzo - Publié dans : Réflexions sur le jeu d'acteur
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Dimanche 1 avril 2007
Le fait de passer un casting professionnel pour une série tv m'a poussé à écrire cette petite réflexion sur le casting.

J'avais déjà écrit un article avec quelques conseils ici.

J'aimerais pousser un peu plus loin la réflexion.

J'ai toujours été intéressé par le fait de voir les castings de grands acteurs, voir ce qui fait la différence, ce qui fait qu'on passe un bon casting, voir un peu comment les modèles appréhendent ce passage obligé (et généralement peu apprécié).

Tout d'abord, ils sont extrêmement relaxés, on ne sent aucun stress. J'ai vu dans les bonus de Xmen 1, les essais de Jackman (à l'époque inconnu). Il est là, souriant, détendu, relax, il ne se prend pas la tête, alors qu'il passe des essais pour le rôle de Wolverine, pour Brian Singer, et qu'il n'est pas sans ignorer que l'obtention de ce rôle pourra avoir des répercussions immenses sur sa carrière et sa notoriété internationale (ce qui a été le cas).

Mais ce n'est pas une détente de façade, ou résultant d'une préparation (exercices de respiration, visualisation). Cette détente puise sa source au-delà de ces simples techniques (nécessaires, je ne dis pas le contraire cela dit).

Elle puise sa source dans une idée simple (à énoncer du moins) : ils ne cherchent pas à convaincre. Convaincre qu'ils sont acteurs, qu'ils savent jouer. Ils ne cherchent pas à obtenir au forceps le rôle.

Non, ils ne cherchent pas à convaincre ni à forcer l'assentiment pour une raison : ils se font confiance. Ils ont confiance en ce qu'ils sont, et dès lors c'est "à prendre ou à laisser".

"Voilà ce que je suis, ce que je dégage, si ça vous plait tant mieux, sinon tant pis, c'est que je ne suis pas le rôle tel que vous le recherchez".

Telle pourrait être la pensée sous-jacente de leur attitude et de leur façon d'aborder un casting.

Quelque part, on rejoint cette pensée (mais en partie seulement) dans une phrase de Charles Berling qui disait grosso modo : "le jour ou j'ai compris qu'il ne fallait pas que je cherche à bien jouer, mais à dire les choses comme moi je les dirais, ça m'a libéré".

Ces acteurs là ont donc cette assurance qui leur fait aborder les castings d'une manière très honnêtre, très personnelle, et donc très sincère : voilà qui je suis, je ne cherche à rien prouver, je suis comme ça, je joue comme ça, c'est moi et je me fais confiance, prenez moi ou au revoir".

Le défaut en effet de jeunes comédiens, est de prouver qu'ils savent jouer, de se mettre une pression en se disant "il me faut le rôle, il me faut le rôle !", d'être en état de crispation, laquelle induit un manque de confiance en soi évident.

De toute manière, réfléchissons un peu : on ne sait jamais ce sur quoi on sera jugé, ce que veut absolument le réal ou la prod. Alors, autant rester soi, avoir confiance en ce qu'on est et dégage, et faire les choses dans cet esprit de "à prendre ou à laisser", de telle sorte que même si l'on a pas le rôle, on sait avoir été intègre et fidèle à ce qu'on est, on a été soi tout simplement.

Et nous sommes tous différents. Je vais dégager des choses autres qu'un autre comédien qui lui-même dégagera autre chose de par son physique, sa personnalité différente. Autrement dit, ce que je suis, je suis le seul à l'être. Faisons donc confiance à ce que l'on est et qui est unique donc, puisque c'est sur cette singularité là que nous pouvons nous démarquer.

Dit comme cela, cela peut sembler facile alors que cela résulte d'un long travail sur soi, en tant qu'homme et en tant qu'acteur.

Ce ne sont que quelques pistes. Après, à chacun de faire son propre chemin..
Par Attilio Di Costanzo - Publié dans : Réflexions sur le jeu d'acteur
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Dimanche 25 février 2007
"Bonjour,
 
Je me prénomme Thiévent Cédric, j'ai 19 ans et je pratique le théâtre depuis 5 ans ainsi que le one man show. J'ai notamment eu la chance de faire la première partie de l'humoriste vosgien Claude Vanony. Actuellement je prépare un spectacle qui va s'intituler "certains l'aime show".
 
Mais je me permet de vous contactez car je passe pour la première fois une audition pour une pièce de théâtre à Lyon, et je voudrais savoir si vous avez pas quelques conseils à me donner. Ce serait gentil de votre part de bien vouloir me répondre
 
cordialement"

J'ai reçu cet email il y a quelques jours, et j'ai demandé à Cédric si je pouvais citer son mail pour y répondre publiquement, sachant que cette question intéresse surement d'autres jeunes comédiens.

On ne sait pas trop s'il passe une audition sur son spectacle qu'il propose à un théâtre à Lyon ou s'il passe une audition pour un projet tiers, de quelqu'un d'autre.

Je vais quand même tenter de répondre brièvement à sa demande de conseils.

La 1ère chose est évidemment de connaître son texte sur le bout des doigts.

Ne riez pas, cela semble évident, mais si vous saviez le nombre de comédiens qui passent des auditions sans trop connaître leur texte vous seriez surpris !

Donc la base : connaître parfaitement son texte au point de ne plus y penser.

Ensuite, faire un travail sur le texte si c'est le vôtre (un spectacle qu'on propose), ou si c'est un texte que vous avez eu plusieurs jours avant l'audition.

Faire un travail consiste à répéter son rôle en répondant à certaines questions de bases : qui suis-je, quelle est la situation, quel est mon action, mon objectif, pourquoi je dis les phrases que je dis, qu'est ce que je peux mettre de moi dans ce rôle, de quoi puis-je me servir de personnel pour nourrir les mots etc etc.

Penser ensuite à diverses propositions possible, pour ne pas rester cantonné à une interprêtation. Travailler de différentes manières les phrases, la respiration, les intentions, le phrasé, les temps que l'on prend ou pas...

Travailler aussi son rôle d'une manière totalement opposée de l'image que l'on se fait. Cela sert si le metteur en scène vous demande une interprêtation opposée à celle que vous aviez préparée.
Ainsi par exemple, si je dois jouer quelque chose de dur, de sombre, je la travaillerais aussi dans le sourire, le cynisme, j'y apporterai des couleurs autres que celles qui me viendraient tout de suite à l'esprit.

Ensuite, avant l'audition, bien se relaxer.
C'est une étape indispensable. Un acteur ne produit rien de bon dans le stress et avec les tensions. Plus facile à dire qu'à faire bien sur, puisque le coeur même de l'audition est que l'on sait que l'on va être jugé.

Il est donc nécessaire de bien se détendre avant une audition. De se préparer physiquement et mentalement. Par des exercices de respiration, de visualisation. On en faisait beaucoup au "Laboratoire de l'Acteur" en 1ère partie de séance, avant de travailler nos scènes.

Ne jamais oublier de relativiser l'enjeu aussi.
Cela ne reste qu'une audition, même si on tient à la réussir. On ne joue pas notre vie et la face du monde ne sera pas changée. A l'échelle du cosmos, c'est bien peu de choses finalement.

Ne pas se mettre de pression sur le résultat est un corrollaire de la nécessité de relativiser.
Ne pas chercher donc à "être bon", à "prouver qu'on sait jouer" etc etc... On n'est pas au bon endroit.
Non, juste être dans la scène, ne penser qu'à la scène, oublier qu'il s'agit d'une audition.

Stanislavsky disait que pour éviter le trac sur scène, un acteur doit être concentré sur une chose sur scène. Penser très fortement à la situation, aux enjeux et focaliser toute son attention sur ça permet de ne plus penser qu'on est sur scène, devant des gens qui nous regardent.

Chercher le plaisir du jeu, se faire plaisir, s'amuser. Dans jouer la comédie, il y a "jeu". On l'oublie trop souvent. On fait ce métier pour s'amuser, pour prendre du plaisir, pas pour se flageller (il m'aura fallu du temps pour le comprendre, merci à ma coach pour ça).

Rester soi-même. On présente quelque chose, on se montre soi. Ce qu'on est soi-même, on est unique à l'être. Aussi, c'est "à prendre ou à laisser". Ne pas chercher à être quelqu'un d'autre, à tricher, à ne pas être soi, à jouer un personnage etc... Demeurer le plus sincère possible, se disant qu'ainsi, soit on plait et tant mieux, soit ça ne colle pas mais tant pis, on a pas triché, on a proposé ce qu'on est, et si ça ne marche pas on a aucun regret.

Donner le maximum de soi durant le peu de temps qui est imparti. Eviter les fameuses pensées d'après audition "j'aurais du faire ci ou ca". Non ! Donner son maximum pour n'avoir aucun regret par la suite.

Voilà quelques pistes, j'espère que cela rendra service à notre ami et répondra également à d'autres blogeurs qui auraient pu poser également la question.

Je ne dis pas que tous ces conseils sont faciles à réaliser.

Je ne fais que montrer le chemin...
Par Attilio Di Costanzo - Publié dans : Réflexions sur le jeu d'acteur
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Jeudi 15 février 2007
La réponse de Haolong à mon article sur "Que penser de la méthode de l'Actors' Studio (I) ?" se trouve ici.

Bien évidemment, je ne suis pas d'accord du tout avec son opinion.

Il y a là, à mon sens bien entendu, une vision du travail de l'acteur qui ne me semble pas juste.

Si je choisis de cotoyer des aveugles pour incarner un tel rôle (puisque c'est l'exemple qu'il reprend), il ne s'agit nullement d'un manque de respect comme Haolong le dit, ni d'une façon de les considérer comme des "phénomènes de foire" (je le cite).

Si je vais à leur contact, c'est au contraire parce que je m'intéresse à eux, c'est pour mieux les connaître, mieux les comprendre, et donc, mieux les représenter.
 
En les représentant au mieux, c'est un hommage qui leur est rendu.

De même, est-ce à dire que si j'utilise la mémoire affective en pensant à ma mère disparue, pour jouer une scène nécessitant de l'émotion, c'est un manque de respect vis-à-vis de ma mère ???!!

Bien sur que non ! Au contraire ! C'est une façon de lui rendre hommage, de la rendre vivante encore pour moi, de me relier un peu plus à elle.

Haolong parle ensuite des policier, disant que s'il devait "choper" leurs tics en les cotoyant, c'est justement ça qui rendrait son jeu anti-naturel.

Ou ai-je parlé "choper des tics" ???

Il ne s'agit pas de singer, d'imiter. En un mot, il ne s'agit pas de faire, mais d'ETRE.

Il ne faut jamais prendre le travail de l'extérieur (mimétisme), mais de l'intérieur.

Passer du temps avec eux consiste simplement à savoir de quoi on parle (s'agissant du rôle à incarner), de quel environnement il est question, des problématiques soulevés par cet environnement ou catégorie socio-professionnelle.

Cela consiste à s'immerger totalement, à s'imprégner d'un maximum d'émotions, de sentiments de telle sorte de pouvoir au mieux incarner le rôle en question.

Il ne s'agit pas de cotoyer pour prendre des tics... Il s'agit de restituer le plus fidèlement et le plus sincèrement la VIE telle qu'on doit la jouer par le rôle à incarner.
 
Haolong dit ensuite que pour être docteur, il faudrait qu'il passe un doctorat, ce qui est impossible.
J'ai le sentiment l'ami que tu ne m'as pas bien lu, puisque tu me ressors des objections du genre "si je dois jouer un tueur, je dois tuer ?", auxquelles j'ai répondu dans mon précédent article sur la méthode de l'Actors'Studio...

Enfin, pour Haolong, c'est aller trop loin que de travailler ainsi, trop poussé, pouvant amener à perdre les pédales.

Ce n'est jamais trop loin que de bien faire son métier. Ce n'est jamais trop loin que de vivre sincèrement des émotions en utilisant son propre instrument. Ce n'est jamais trop loin que de prendre le travail de l'intérieur, en utilisant l'observation, l'impregnation, l'utilisation d'outils sensoriels pour restituer au mieux, au plus vrai, un rôle.

S'il s'agit de FAIRE et non d'ETRE, s'il s'agit de faire semblant, s'il s'agit de ne pas se mouiller, de ne pas utiliser ses failles, ses blessures, de ne pas mouiller la chemise, alors il ne faut pas faire ce métier (je ne dis pas ça pour Haolong bien sur, mon propos est général).

Voici donc les points sur lesquels je souhaitais apporter des éclaircissements par les dernières objections de Haolong.

Je précise bien sur, l'écrit sans le son pouvant parfois prêter à confusion, que tout mon discours envers Haolong se veut amical, chaleureux, et non méprisant ou critique.

Et je le remercie vivement pour ses interventions qui permettent d'avoir ici un débat si intéressant ;)
Par Attilio Di Costanzo - Publié dans : Réflexions sur le jeu d'acteur
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Lundi 12 février 2007
Haolong m'avait laissé un commentaire m'invitant à lire un article de son blog consacré à l'Actors'Studio.

Je me permets de reprendre son article dans son intégralité afin d'y répondre.

Voici ce qu'il écrit :

"Il faut le reconnaitre : les acteurs américains sont beaucoup plus professionnels et bosseurs que les français .  Seulement les acteurs français doivent-ils vraiment en  faire de même ? Et les acteurs américains n'en font-ils pas trop dans leur préparation ? Il parait que De Niro a passé 3 mois dans un taxi pour " taxi driver " . 3 mois !!! Vous ne trouvez pas ça énorme ? Pareil brad Pitt , qui a passé plusieurs mois au poste de police pour " Seven " . Nicolas Cage s'est réellement saoulé pour " Leaving Las Vegas " .  Ou Jennifer lopez qui a travaillé avec une femme de ménage pour un film . Ca parait un peu idiot , vous ne trouvez-pas ? Moi je pense que les acteurs français doivent bosser sans en faire trop . J'ai beaucoup ri quand Jalil Lespert a dit qu'il s'est fait passer pour un flic dans la vraie vie pour préparer " Le petit lieutenant " . Franchement les flics sont des gens comme vous et moi , ce sont des types avec leurs doutes , leurs interrogations . Je pense qu'un acteur doit  surtout travailler  l' " humanité " du personnage   . Si je joue un docteur , est-ce que passer au cabinet quelques mois va vraiment faire de moi un docteur crédible ? Je pense que le spectateur en a rien à faire si tel acteur est crédible dans tel métier . Il veut juste voir un être humain avec ses émotions . Et je pense que c'est ça qu'il faut travailler . Les émotions . Bien sur si je dois jouer un boxeur , là il faut se péparer physiquement . Mais si je joue un boucher , je ne vois pas pourquoi je passerais 5 mois dans une boucherie-charcuterie pour savoir comment on coupe la viande . Et si une actrice qui joue une scène de viol , doit-elle vraiment se faire violer pour préparer le rôle ? Alors l'actor's studio en France , moi je dis oui , car j'adore cette méthode mais je pense qu'il faut quand même garder des distances . Michel serrault a d'ailleurs dit : " La différence entre moi et de Niro ? C'est que je ne suis pas obligé de passer 15 jours dans un hopital psychiatrique pour jouer un fou . " A méditer ."   

Bien évidemment, je ne partage pas du tout cet avis, qui à mon sens, et je le dis très amicalement à Haolong bien sur, traduit à la fois une méconnaissance de la méthode et une caricature.

Pour beaucoup, la méthode de l'Actors'Studio c'est De Niro qui prend 20kgs pour Raging Bull et toutes les autres anecdotes de ce genre. C'est d'une part limitatif de la méthode, et complètement à coté du véritable sens de ce travail.

La méthode vise à permettre à un comédien de vivre véritablement des émotions dans des circonstances imaginaires (Strasberg).

Elle comprend de nombreux outils qui sont utilisés par les acteurs américains, afin d'incarner au plus près et dans la plus grande sincérité leurs roles.

Le terme "incarner" n'est pas anodin puisqu'il est le pillier de la méthode : le comédien ne fait pas, il EST. Il ne joue pas, il VIT les choses.

Cette finalité résulte d'un processus complexe auquel fait appel l'acteur.

a) Tout d'abord l'observation

L'acteur est avant tout un etre humain qui vit dans une société, parmi ses semblables, qui se nourrit de tout ce qui l'entoure, qui puise dans tout ce qui s'offre à lui, afin d'incarner au plus près un role.

Il se doit de restituer par son personnage tout un environnement, une façon de penser, d'etre, de parler, de se mouvoir. Il doit etre totalement à l'aise avec le role qu'il a à incarner.

Si vous regardez autour de vous, vous observerez que chaque personne est marquée par son activité professionnelle.
Ainsi, un avocat parlera, pensera, aura une gestuelle différente d'un policier qui lui meme aura une façon d'etre, de penser, une perception de lui et du monde qui l'environne encore différente du médecin.

Par l'étude scrupuleuse d'un milieu socio-professionnel, l'acteur parvient à atteindre l'essence meme de ce qui façonne un individu qu'il a à jouer.

De cette volonté de s'immerger complètement dans un univers qu'il devra ensuite restituer par le role à incarner, résulte le fait que De Niro a évolué avec les taxi pour la préparation de son role, que Pacino a cotoyé Serpico avant de l'incarner, que Sean Penn a passé beaucoup de temps en hopital psy avant d'incarner un débile (je le dis dans un sens littéral et non péjoratif) etc etc...

Cet enclin à s'immerger totalement dans un environnement donné répond à une des composantes du métier de l'acteur : l'acteur est un enqueteur, il se doit d'investiguer non seulement dans le role qu'il aura à jouer, mais également dans l'environnement dans lequel évoluera son personnage. Car un personnage est étroitement lié à son environnement, qu'il soit social, professionnel ou autre.

b) Se nourir de sentiments

Mais plus encore que la simple observation d'un milieu donné, cette enquete permet au comédien de s'imprégner de toute sorte d'émotions, de sentiments, de ressenti, qu'il sera plus à meme de pouvoir restituer ensuite dans le cadre de l'incarnation de son role.

Il est évident que si vous devez jouer un flic de la BAC par exemple, ou de la Brigade anti-terroriste, le fait d'étudier ce milieu avec de véritables policiers, non seulement vous permet de connaitre le milieu dans lequel évolue votre personnage, mais également, en cotoyant sur une longue période ces gens là, de comprendre leur façon de penser, leurs tics, leur gestuelle, de découvrir leurs forces et faiblesses, leurs joies et peines, leurs doutes, bref leur VIE.

Et le role du comédien est justement d'incarner la VIE, de restituer la VIE au plus près et dans la plus grande sincérité.

c) Les objections

Les plus médisants auront vite fait de caricaturer la méthode en prenant des exemple extremes : "Est ce que pour incarner un tueur, il faut tuer alors ?", "est ce que si je dois incarner un personnage victime d'un viol, je dois vivre un véritable viol ?".

Ces questions attestent de l'incompréhension du coeur meme de la méthode.

J'ai parlé de la nécessité pour le comédien de s'immerger dans un environnement donné et d'engranger le maximum d'émotions qui lui permettront ensuite de restituer au plus proche de la vérité le role qu'il a à jouer.

Si je dois incarner un assassin, il est évident que je ne vais pas tuer. En revanche, je vais me renseigner auprès de détenus incarcérés pour de tels actes. Je vais prendre le parti de les cotoyer, de leur parler, d'etre à leur contact, pour comprendre les mécanismes psychologiques qui poussent un individu à un tel acte. Je vais m'immerger totalement dans cet univers fait de souffrance et de violence, pour en tirer un maximum d'informations, de compréhension, et d'émotions.

Si je dois jouer un aveugle, je ne vais pas me crever les yeux.
En revanche, je vais cotoyer de véritables aveugles, et dans le meme temps, je vais m'exercer à évoluer au sein du monde en me masquant la vue, pour éprouver ce sentiment de cécité (ce qu'a fait Jamie Foxx en se couvrant les yeux sur tout le tournage de "Ray" par exemple).

d) Autres techniques

Mais la methode ne s'arrete pas là et d'autres outils sont utilisés par l'acteur pour approcher au plus près un role.

L'imaginaire d'une part, ce que recommandait Stella Adler.
Le recours à la mémoire affective et sensorielle, aux substitutions, plus proche de la méthode de Lee Strasberg.

Autant de choses qui me permettent de substituer à une situation donnée, une autre situation me permettant d'atteindre le meme résultat pour le spectateur.

Lorsque je travaillais une scène de "Mystic River" traitant de la perte d'un etre cher (la fille de Sean Penn en l'occurrence), j'utilisais une substitution selon laquelle tout en parlant de ma fille disparue, je pensais à ce que ce serait pour moi si c'était ma mère que j'avais perdue (elle était vivante à l'époque). C'est ce qu'on appelle l'imagination sensorielle.

Si aujourd'hui je devais rejouer la scène, ce ne serait plus l'imagination sensorielle que je mettrais en oeuvre, mais bel et bien une substitution par mémoire affective : je reverrai ma mère morte telle que je l'ai vue, je repenserais à elle lorsque je parle de ma fille, je parlerai du manque insupportable de perdre sa fille (le role) en pensant en fait au manque insupportable que j'éprouve d'avoir perdu ma mère.

La préparation physique et mentale est importante aussi.
Lorsque je travaillais "Midnight Express" au "Laboratoire de l'Acteur", je ne mangeais ni ne dormais de la nuit, chaque veille de passage, pour atteindre l'état d'épuisement et de faiblesse voulue par le role. Cela me permettait d'atteindre certains états beaucoup plus facilement que si j'avais été frais et dispo. J'imaginais que cet homme incarcéré devait peu dormir et peu manger et décidais donc de vivre la meme chose.

Ensuite, dans les propos tenus par le personnage, dans ses accès de larmes et de colère, j'utilisais soit l'imagination sensorielle, soit la mémoire affective et sensorielle.

Je fais au plus simple pour ne pas embrouiller les esprits et j'espère etre clair.

Tout cela pour dire que la methode va bien au dela de ce que la presse nous relate en terme de "performance" (perdre ou prendre du poids), et en terme d'étude d'un environnement (évoluer x temps chez les flics si on doit jouer un flic).

Le processus et les motivations sont autrement plus complexes, ce que j'ai essayé d'expliquer.

Alors, est ce que c'est "en faire trop" comme le dit Haolong ?

Chacun sa methode et sa facon de travailler. Pour moi, ce n'est pas en faire trop, c'est juste exercer son métier d'acteur.

Travailler "l'humanité" d'un personnage ? Bien sur, mais un personnage ne peut se comprendre que par rapport à une époque donnée, un environnement donné, un contexte, une étude d'une façon d'etre de penser, de parler, de bouger, suivi ensuite par tout un travail d'imaginaire sensoriel ou de mémoire sensorielle, et en ce sens la méthode est toute indiquée et aucunement en contradiction, bien au contraire.

Je pourrais écrire 10 pages sur la question tant c'est là un sujet qui me passionne.

Je m'arrete là pour l'instant, en espérant avoir répondu à Haolong et avoir été suffisamment clair pour vous.
Par Attilio Di Costanzo - Publié dans : Réflexions sur le jeu d'acteur
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